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Lexicometrica
Numéro 4, 2003

Les messages de vœux des présidents de la Cinquième République : L’ethos, la diachronie, deux facteurs de la variation lexicométrique

Jean-Marc Leblanc

CEDITEC, Université Paris 12, leblanc.jeanmac@free.fr

 

 

 

Discours éminemment politiques[1], les messages de vœux télévisés et radiodiffusés, ritualisés par le général de Gaulle, constituent pour le chef de l’État un moment privilégié lors duquel il s’adresse aux Français en toute légitimité. Nul besoin en effet de quelque événement particulier, le 31 décembre est le rendez-vous traditionnel du président et de ses concitoyens. Valéry Giscard d’Estaing le rappelle dans son intervention du 31 décembre 1980 :

 

Mes chères Françaises et mes chers Français,

Ce soir est une fête pour la plupart d’entre vous. Je ne l’oublie pas. Vous ne souhaitez pas qu’on ravive vos soucis. Mais c’est aussi un de ces instants - bien rares en vérité - où je peux m’adresser à vous sans être tenu par un sujet particulier.

 

Le statut du président de la République, confère à ces allocutions un caractère particulier, à la fois solennel et familier, porté par la mise en scène télévisuelle.

La démarche lexicométrique apporte quelque lumière sur l’évolution de ces “ vœux aux Français ” sous la cinquième République, et montre en quoi ces discours, malgré la stabilité apparente de la forme, révèlent des ethos singulièrement contrastés et des conceptions souvent différentes de la fonction présidentielle.

 

Les “ morceaux choisis ” que nous produisons ci-après fournissent un exemple de l’appropriation de ce passage obligé par les présidents successifs.


Tableau 1 : Les incipit de la première intervention de chaque président :

 

De Gaulle, 31 décembre 1959

 

Pour la métropole française, pour l’Algérie, pour la communauté, je forme des voeux ardents et confiants au premier jour de 1960. Je suis rempli de l’espoir que cette année nous sera propice, parce que nous avons fait beaucoup au cours de celle qui finit.

En France même, nos institutions assurent à l’Etat l’efficacité et l’autorité qui lui permettent d’agir. Il en sera ainsi, désormais. Nos finances sont en équilibre et le resteront demain. Au point de vue des ressources, de la technique, de la recherche, du crédit, des échanges et de la monnaie, notre industrie, notre agriculture, notre commerce, disposent d’une bonne base pour l’expansion et le progrès qui vont marquer 1960. Le franc nouveau est le signe de cette féconde solidité. Dans les domaines politique, social, scolaire, etc., le pouvoir fera tout pour qu’aux querelles d’autrefois succèdent la concorde et la coopération entre les familles spirituelles, les catégories, les citoyens de la nation française.

 

 

Pompidou, 31 décembre 1969

 

En cette soirée du 31 décembre où chacun s’apprête à fêter le nouvel An, ma première pensée va à tous ceux qui ne pourront participer à la joie générale, ceux que frappe le malheur, un deuil, la maladie, la vieillesse ou, simplement, la pauvreté.

Ne les oublions pas et que chacun de nous fasse, s’il le peut quelque chose pour les aider. A eux et à vous, je dis ce soir, avec tout mon coeur d’homme et de Français : “ Bonne année. ”

Que l970 vous apporte ce que vous souhaitez, santé, bonheur familial, succès dans vos études ou dans votre travail, et pour notre peuple, pour tous les peuples, ce bien suprême qu’est la paix.

Que l970 soit aussi, pour notre pays, l’année du renouveau. Qu’après les secousses subies, les périls une fois encore surmontés, nous poursuivions dans le calme notre effort vers le progrès, vers le bien-être, vers la justice.

 

 

Valéry Giscard d’Estaing, 31 décembre 1974

 

Bonne année pour chacune de vous, bonne année pour chacun de vous.

Il est près de 8 heures et vous vous préparez sans doute à célébrer la fin de l’année avec votre famille, avec vos amis et peut-être aussi, quelques-uns, dans la solitude. Pendant les quelques minutes où je vais vous parler, je ne voudrais ni vous ennuyer ni vous attrister. Ni vous ennuyer en vous présentant les actions à conduire dans la politique française, actions que je vous ai déjà décrites et dont j’aurai l’occasion de vous parler à nouveau le mois prochain, ni vous attrister en vous rappelant les difficultés et les risques réels du monde dans lequel nous vivons et dans lequel nous allons vivre l’an prochain.

Je voudrais que mes voeux soient vraiment des voeux, les voeux de la France pour les Français et les voeux des Français pour la France.

 

 

Mitterrand, 31 décembre 1981

 

Françaises, Français de Métropole et d’Outre-mer,

Je vous souhaite une bonne année et je souhaite, en votre nom, bonne année à la France!

Seule l’Histoire pourra dire, avec le recul du temps, la trace laissée par l’année qui s’achève ; mais, chacun sait déjà que 1981 aura été l’année du changement que la France a voulu et que son peuple, le 10 mai, m’a chargé de conduire, avec le concours du Gouvernement de la République et de l’Assemblée Nationale issue des dernières élections.

Je vous avais promis d’entreprendre aussitôt les réformes qui permettraient ce changement. Nous l’avons fait. Le Gouvernement a proposé, et le Parlement a voté les nationalisations dont le pays avait besoin pour mener à bien sa politique économique.

Je vous avais promis de réduire la domination de l’État sur les individus, sur les collectivités locales, communes, départements, régions. Dans le respect de l’unité de la Nation, vous disposerez du pouvoir et du droit à la différence, à la responsabilité, vous gérerez plus largement vos propres affaires et vous ne verrez plus l’administration régenter de Paris votre vie quotidienne.

 

 

Chirac, 31 décembre 1995

 

Mes Chers Compatriotes,

Vous m’avez élu, en mai dernier, pour que nous construisions ensemble une nouvelle France, une France juste, unie, respectueuse de notre pacte républicain. Une France telle que vous et moi la voulons.

Je mets toutes mes forces au service de cette ambition qui est aussi celle du Premier Ministre, auquel je tiens à rendre hommage pour l’action courageuse qu’il a menée avec détermination dans des circonstances particulièrement difficiles. Cette ambition est celle du Gouvernement tout entier.

Depuis sept mois, notre priorité, c’est l’emploi. C’est au nom de l’emploi que nous remettons nos finances publiques en ordre, afin de construire une économie créatrice de travail et de richesses. C’est au nom de l’emploi que nous menons une lutte sans merci contre le chômage de longue durée, grâce au contrat initiative emploi. C’est au nom de l’emploi que nous aidons les artisans et les petites et moyennes entreprises, à se développer.


 Présentation du corpus

 

L’ensemble des allocutions des présidents de la République, réunies en corpus, compte 41125 occurrences pour 5203 formes[2].

Ces discours produits en des situations énonciatives quasi identiques assurent au corpus une homogénéité forte qui permet d’observer l’évolution des prestations ponctuelles mais aussi d’examiner en diachronie l’ensemble de la période.

Ce corpus relève d’un genre discursif particulier, lié au style épidictique. Bien que la périodicité soit nécessairement espacée - une seule et unique allocution par année - nous disposons d’une période assez longue pour dégager des phénomènes tendanciels.

Il convient ainsi de prendre en considération les différents niveaux de phénomènes observables, qui nous fourniront des hypothèses interprétatives.

 

- Certains emplois lexicaux relèvent de la personnalité des locuteurs.

- D’autres sont propres au genre discursif.

- Il est probable également que l’événementiel, mais aussi un revirement plus ou moins brutal dans les choix de communication d’un locuteur aient une incidence non négligeable.

- Enfin, d’autres faits sont liés à des modifications plus profondes du discours politique sur l’ensemble de la période.

 

Ces discours forment par ailleurs une série textuelle chronologique[3].

 

Nous avons soumis ce corpus à un ensemble d’analyses lexicométriques désormais classiques, le dotant des partitions par locuteur et par année sur l’ensemble du corpus et pour chaque sous partie[4]. Nous produisons ci-dessous les principales caractéristiques de la partition locuteur.

 

Locuteur

Nb Discours

Nb occurrences

Nb formes

Longueur Moyenne

De Gaulle

10

11498

2407

1150

Pompidou

5

2850

890

570

Giscard

7

6066

1360

866

Mitterrand

14

11991

2521

856

Chirac

7

8720

1799

1245

 

Tableau 2 : Principales caractéristiques de la partition locuteur


 


Ces données quantitatives appellent quelques remarques. Le matériau est beaucoup plus riche pour de Gaulle et Mitterrand que pour les autres locuteurs, les cinq présidents n’ayant pas assumé leur charge sur les mêmes durées[5].

Nous disposons ainsi de 14 discours pour Mitterrand, dix pour de Gaulle, sept pour Giscard d’Estaing et Chirac et cinq pour Pompidou.

Ceci explique évidemment pour une large part la relative disparité du volume des sous parties. Les longueurs respectives des messages comportent également quelques inégalités. De Gaulle et Chirac consacrent en moyenne 1150 et 1245 occurrences à leurs discours alors que Mitterrand et Giscard d’Estaing ne leur accordent que 856 et 866 occurrences. Enfin, les messages de Pompidou sont les plus courts avec 570 occurrences. Ces données restent cependant comparables et autorisent des conclusions fiables.

 

 

Affinités et contradictions lexicales

 

L’analyse factorielle réalisée selon la partition locuteur caractérise les grandes oppositions du corpus et tend à indiquer quelques pistes de recherche.

 

Tableau 4 : A.F.C du corpus vœux selon la partition locuteur.

Axe 1 : 34%. Axe 2 : 26%.

 

Sur le deuxième axe, un clivage essentiellement diachronique oppose le lexique des trois premiers présidents aux deux derniers. Sur le premier axe, de Gaulle s’oppose à l’ensemble de ses successeurs. On observe par ailleurs des proximités entre Giscard et Pompidou d’une part et Mitterrand Chirac par ailleurs, dont on peut penser qu’elles sont dues en partie à la chronologie et à l’événementiel, d’autant que l’opposition la plus forte, matérialisée par la diagonale de l’analyse factorielle réside entre de Gaulle et les deux derniers présidents de la République.

 

La représentation factorielle ne laisse en rien présager d’une quelconque affinité entre de Gaulle et Mitterrand, à qui l’on prête souvent volontiers quelques analogies dans leur façon de concevoir la fonction et quelques traits communs dans leur vision de la France[6]. A cela plusieurs explications peuvent être avancées. D’une part vingt trois années séparent la première intervention du général de Gaulle de celle de François Mitterrand. Il est donc probable que les usages lexicaux aient subi une importante mutation au cours de cette période. D’autre part l’analyse factorielle met en évidence les seules oppositions relevant de la distribution du stock lexical. C’est pourquoi il convient de pousser plus avant l’analyse avant de tirer des conclusions que pourrait inspirer une interprétation hâtive de la configuration de la représentation factorielle. Celle-ci n’en a pas moins le mérite de susciter des interrogations, d’orienter l’analyse.

 

Nous avons montré lors d’une précédente étude[7] une quasi-absence de verbes d’action, de jugement, de volitifs ou de modalités appréciatives associés à la première personne du singulier chez de Gaulle. Sous cet aspect se produit un glissement du je vers nous et la France. Ainsi, la France, sujet ou complément d’agent réussit, sait ce qu’elle veut, ce qu’elle doit aux autres, veut continuer son action, ne se laissera pas intimider, la France entend contribuer à la réforme, entend que se terminent, est résolue à poursuivre l’œuvre immense, parce qu’elle est la France, doit mener au milieu du monde une politique qui soit mondiale.

 

La présence de ces verbes volitifs et d’opinion produit un effet de personnification de la France, qui s’explique assez bien par une manière de synecdoque qui serait la représentation du peuple par le pays. La personnification est plus nette encore lorsque de Gaulle évoque la France et ses enfants. (La France protégera ses enfants.).

Lorsque France se trouve sujet d’un volitif, il y a un effet d’effacement de la personnalité derrière la fonction. C’est un des faits marquants qui rapproche de Gaulle de Mitterrand, bien que ce dernier compense par une forte personnalisation du discours. (Je veux, je refuse, j’ai demandé,…) personnalisation que l’on retrouve chez J. Chirac.

Chez Mitterrand la France a voulu, a lancé au monde, agit, appliquera, aura à ratifier, joue un rôle, présidera, s’est fixé un rendez-vous, sait, travaille

 

On le voit, la distribution lexicale ne peut se substituer à un examen plus approfondi des faits liés à l’énonciation et à la syntaxe, de même que les données statistiques ne sauraient dispenser d’un retour au texte. Néanmoins, l’analyse lexicométrique permet de déceler des faits qui ne seraient pas nécessairement apparus à la seule lecture du texte.

 

L’originalité Gaullienne ?

 

La position particulière qu’occupe le général de Gaulle sur la représentation factorielle soulève quelques questions. On peut se demander s’il n’est pas plus proche discursivement et lexicalement des pratiques de la quatrième République. Pour tenter de répondre à cette interrogation, nous avons, à titre expérimental, intégré les seuls messages de vœux existants des présidents de la Quatrième République[8]. (Vincent Auriol, décembre 1946, 1948, 1953). Étonnamment ces discours se placeraient au voisinage de Pompidou et Giscard, de Gaulle conservant la singularité qu’on a pu observer. Ainsi, la chronologie et l’événementiel ne seraient pas les seuls facteurs explicatifs de ce phénomène. S’agit-il alors d’une opposition relevant de registres personnels ? Il est probable que la personnalité des locuteurs soit pour beaucoup dans la configuration de l’analyse factorielle. Une seconde A.F.C, réalisée selon la partition année conforte cette hypothèse.

 

Tableau 5 :A.F.C du corpus vœux selon la partition année.

Points superposés :93(88), 90(83), 62(60).

Axe 1 :6%. Axe 2 :4%.

 

De cette deuxième représentation on retiendra la configuration remarquable de l’A.F.C où la disposition des années permet d’identifier aisément les locuteurs. L’ensemble des interventions du général de Gaulle se trouve regroupé dans une zone restreinte du plan, en marge de toutes les autres années du corpus. Il en ressort que son discours est à la fois très différent des autres dans le lexique et très stable d’une année sur l’autre. La faible dispersion des années 96-2001 et 81-95 nous conduit à établir une conclusion identique : Bien que proches l’un de l’autre, les deux derniers présidents affichent une grande stabilité lexicale. Le constat est quelque peu différent pour Giscard et Pompidou. L’amplitude est beaucoup plus importante. On y verra peut-être la volonté novatrice de Giscard dans sa stratégie de communication et la recherche de compromis de Pompidou, entre rupture et continuité, fidélité au général de Gaulle et volonté de renouvellement.

Si la première représentation illustre les affinités et divergences des locuteurs, la seconde souligne la grande stabilité des présidents, plus particulièrement de Gaulle, Mitterrand et Chirac. Au-delà de l’aspect chronologique, les A.F.C semblent mettre en évidence des oppositions de registres personnels.

 

Analyse factorielle et temps lexical.

 

La diachronie semble cependant constituer un facteur déterminant de ces représentations factorielles. L’A.F.C sur les locuteurs en particulier représente leur succession selon l’ordre chronologique (si l’expérience menée sur les discours de Vincent Auriol n'avaient pas en partie infirmé ces observations). Pour autant, ces représentations ne reproduisent pas précisément le modèle de l’effet Guttman relatif au phénomène de temps lexical décrit par A. Salem[9]. En effet, d’après ce phénomène de temps lexical, si le seul facteur de modification du lexique était le temps, les points portés sur les deux axes factoriels seraient ordonnés selon une courbe idéale, incurvée en son centre. Ainsi, les années ou périodes contiguës seraient proches sur le graphique. Le facteur chronologique est pourtant nettement visible. A cela plusieurs explications.

Les messages sont relativement courts, ce qui rend difficile l’émergence de faits liés à la chronologie, en particulier sur la partition année. De plus, bien que les conditions d’énonciation soient quasiment identiques, on ne peut considérer qu’on est en présence d’un locuteur collectif mais bien d’une succession de locuteurs. Il est donc probable que les ethos différents viennent brouiller le phénomène chronologique. Notons par ailleurs que bien que la périodicité soit régulière, le corpus se place plutôt dans la ponctualité que dans la continuité. L’espace d’une année entre chaque message fait probablement perdre en partie les effets d’un phénomène chronologique.

 

Il convient donc d’interpréter ces analyses factorielles à la fois de manière traditionnelle, comme opposition dans les usages lexicaux, tout en tenant compte de la chronologie. A titre d’expérience nous avons tenté de grouper les messages sous une même partition, par deux trois ou quatre. Ceci avait pour finalité d’atténuer l’effet locuteur et de pallier la faible longueur des discours, sans résultat notable cependant.


Des ethos fortement contrastés -  Spécificités des marques énonciatives

 

La personnalité des locuteurs transparaît de plus nettement au travers de profils énonciatifs très contrastés. Le tableau qui suit synthétise la répartition des emplois des pronoms personnels et adjectifs possessifs en termes de spécificités.

Zone de Texte: 	De Gaulle	Pompidou	V.G.E	Mitterrand	Chirac
nous	+E02		-E02	-E04	+E03
je	-E16		+E05	+E02	
j'	-E06			+E05	
vous	-E25	+E03	+E20		
on	-E02	-E03		+E10	-E03
notre	+E03		-E02	-E05	+E02
nos	+E02	-E03	-E04		+E03
mes	-E08		+E03	+E03	
votre	-E09	+E03	+E11	-E02	-E02
vos	-E06		+E11	-E03	
moi				+E02	-E02
me	-E02		+E02	+E02	-E03
m'	-E03			+E02	
ma	-E02

 


Tableau 6 : Spécificités des pronoms personnels et adjectifs possessifs.

 

Guide de lecture

 

La méthode des spécificités permet de repérer les formes sur-employées, ainsi que les formes sous-employées par chacune des parties d'un corpus et de porter un jugement sur chacune des cases du tableau prise isolément. Ce jugement en probabilité sur la fréquence fij de la forme i dans la partie j s'appuie sur la comparaison de quatre nombres qui sont:

 

                            T      — le nombre des occurrences du corpus;

                            tj      — le nombre des occurrences de la partie j;

                            Fi     — la fréquence de la forme i dans le corpus;

                            fij     — la fréquence de la forme i dans la partie j

 

On commence par fixer arbitrairement un seuil de significativité s. On calcule ensuite, à l'aide d'un modèle probabiliste dit modèle hypergéométrique, la probabilité Pinf(fij) attachée à l'apparition d'au plus fij objets marqués, lors du tirage au hasard sans remise d'un échantillon de longueur t du sein d'un ensemble comportant T objets dont Fi sont marqués. La probabilité Psup(fij) est attachée à l'apparition lors d'un tirage du même type d'au moins fij objets marqués.

Si la première de ces probabilités se révèle inférieure au seuil retenu, on conclura que la forme i est peu attestée dans la partie j par rapport à ce que le modèle hypergéométrique laissait prévoir et on dira que la forme i est spécifique négative ( S-) pour la partie j. Si c'est, au contraire la seconde de ces probabilités qui se révèle inférieure au seuil s, on conclura que la forme i est plutôt abondante dans la partie j. On dira que la forme i est spécifique positive (S+) pour la partie considérée. Si aucune des deux probabilités ne se révèle inférieure au seuil s, on dira dans ce cas que la forme i est banale (b) pour la partie j. Les diagnostics ainsi obtenus sur chacune des sous-fréquences figurant dans le tableau peuvent être ensuite réordonnés pour permettre différents types de lecture.

 

Les exposants indiquent un diagnostic de spécificité en termes de sur-emploi (+ ) ou du sous-emploi (-) de chaque forme, calculé pour chaque locuteur par rapport à la totalité du corpus. L’absence d’exposant indique que l’usage ne présente pas de caractéristique remarquable, l’emploi est considéré comme “ banal ”.

 

 

Le discours du général de Gaulle est caractérisé par un évitement des marques de la première personne du singulier et de la seconde du pluriel, la prise en charge de l’énoncé étant assurée par un nous dont le référent est essentiellement la France. A l’opposé, Giscard d’Estaing multiplie les marques énonciatives en direction des Français (vous + 20) tout en personnalisant le discours par un usage fort de la première personne du singulier (je +5) et en sous employant la première du pluriel (nous –2). Pompidou s’inscrit dans un schéma énonciatif analogue.

 

François Mitterrand privilégie les marques de la première personne du singulier (je +2, mes +3, moi +2), usant très peu en revanche des marques de la première du pluriel (nous –4, notre –5). L’emploi le plus remarquable est sans doute la spécificité du pronom indéfini (on +10), tenant pour une large part d’une volonté de connivence avec les Français (énoncés à tournures familières) mais aussi révélateur d’un procédé argumentatif cher au chef de l’Etat (implicite, non-dit, attaques, ripostes, désignation d’adversaires ou d’opposants).

 

Dans le discours de Jacques Chirac, le faible usage de la première du singulier s’oppose à une plus forte représentation des marques de la première du pluriel.

 

A travers les marques énonciatives, le discours construit une représentation de l’énonciateur mais aussi de l’interlocuteur. Ces profils énonciatifs extrêmement diversifiés sont autant d’indices sur la conception de la fonction présidentielle des locuteurs, sur leur vision des Français mais aussi sur la façon dont ils conçoivent les messages de vœux.

 

La représentation factorielle qui suit synthétise le système énonciatif adopté dans ces messages. Il serait en l’espèce plus exact de préciser qu’il s’agit là de la part la plus manifeste des faits liés à l’énonciation auxquels il conviendrait d’ajouter un examen attentif des modalités, de l’adverbialité, de la temporalité et de l’ensemble des traces inscrivant le locuteur dans son discours. Cette représentation factorielle est réalisée, non plus à d’après le tableau lexical entier ou un sous-tableau comprenant l’ensemble des formes graphiques et segments répétés jusqu’à la fréquence 5 mais à partir d’une liste des pronoms personnels et adjectifs possessifs les plus représentatifs.

 

Zone de Texte:  Tableau 7 : A.F.C des pronoms personnels et adjectifs possessifs du corpus vœux, partition locuteur.
Représentation des deux premiers axes factoriels.
Axe 1 :56%. Axe 2 : 24%.

 


Cette représentation une manière de “ panorama énonciatif ” du corpus et souligne les clivages extrêmement marqués qui opposent les locuteurs.

On y observe une répartition fortement structurée des marques personnelles. Exceptées les marques de la troisième personne qui se répartissent sur l’ensemble du plan, la seconde du plurielle est uniquement représentée dans le plan supérieur gauche du graphique s’opposant aux marques de la première personne, (demi plan inférieur), au singulier à gauche, au pluriel à droite. Chaque position énonciative est ainsi nettement marquée, l’échange, le rapport à l’interlocuteur (tu et vous), l’implication personnelle du locuteur (je) et l’inclusion (nous).

 

Les fonctions communicatives définies par R. Jakobson se répartissent de façon très nette, la fonction expressive, véhiculée par les pronoms de la première personne, centrée sur l’émetteur, réunies dans la partie inférieure du plan et la fonction impressive mobilisant essentiellement le marques de la deuxième personne, centrée sur le récepteur apparaissant dans le quart supérieur gauche. La projection des locuteurs sur ce schéma énonciatif fournit de la sorte une dimension fondamentale de l’ethos. Giscard d’Estaing, se place du côté de la fonction impressive. La présence de la seconde personne du singulier s’explique chez lui par de fréquentes apostrophes, parfois lyriques.

 

Adieu donc, 1974, et salut à toi, 1975 !

Je souhaite que tu sois une année accueillante pour les Français, que tu répondes à leur attente, à l'attente de chacune et de chacun d'entre vous, à ses espoirs, à ses voeux, à ses désirs, à son coeur.

 

Pompidou, moins caractérisé, présente un équilibre entre le je et le vous, Mitterrand étant plus proche d’une implication personnelle et de l’indéfini. Chirac, quant à lui se définit par une relative proximité à la fois du nous et du je dont il n’est pas si éloigné. Comme sur les précédentes représentations les similitudes entre Giscard et Pompidou sont ici manifestes. Le fait marquant est bien sûr la singularité énonciative du général de Gaulle, très excentré sur le graphique. Les positionnements énonciatifs les plus marqués sont ceux qui opposent Giscard et de Gaulle. A ces trois grandes tendances énonciatives correspondent trois comportements, trois ethos différents, que l’on pourrait traduire de la façon suivante.

 

- de Gaulle, un discours de la distance, l’effacement de la personnalité derrière la fonction, l’occultation de la dimension individuelle de l’interlocuteur.

 

- Pompidou et Giscard d’Estaing, le discours humanisé, la simplicité et la connivence, la prise en considération des Français en tant qu’individus.

 

- Chirac et Mitterrand, la personnalisation du discours, l’incarnation de la fonction.

 

Ces oppositions relèvent-elles uniquement de la personnalité du locuteur où trouvent-elles également leur origine dans une modification plus profonde du discours politique ?

Registres personnels ou chronologie ?

 

Les spécificités chronologiques font apparaître un phénomène général qui n’est pas simplement le fait de personnalités différentes mais témoigne d’une évolution du discours politique, et de la conception de la fonction présidentielle. Il semblerait qu’au fil du temps le président de la République assume son énoncé, s’implique personnellement dans le discours. Le tableau des spécificités évolutives de la première personne du singulier montre une tendance vers la personnalisation du discours centrée sur le je qui ne semble pas cependant se poursuivre chez Chirac avec la même intensité.

 

Zone de Texte: 	De Gaulle	Pompidou	Giscard	Mitterrand	Chirac
nous	206	55	77î  E03	151î E03	166ì E03
vous	18	38ì E15	114ì E24	97	59
je	34	32ì E07	79ì E10	118ì E03	81
j'	7	7ì E02	15ì E02	43ì E05	16
Tableau 8 : Accroissements spécifiques des pronoms personnels.

 


L’observation des fréquences relatives de la première personne du singulier chez le dernier président de la République affine ce constat.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Tableau 8 : Fréquences relatives des marques de la première personne du singulier.

 

 

On note une diminution sensible des marques de la première personne du singulier (le pronom personnel suivant globalement la même évolution que le groupe je, j’ mon, ma, mes, me, m’, mien(s), mienne(s)). La personnalisation du discours n’a cessé de décroître sur l’ensemble de la période considérée, malgré un pic important en 1997. Cette période coïncidant avec le début de la cohabitation, doit-on en déduire que le chef de l’État s’est alors personnellement impliqué dans le discours pour revenir sur les raisons de la dissolution, pour redéfinir son rôle, se présenter comme le garant des institutions, légitimer sa présence dans la nouvelle configuration politique qui se présente à lui ?

 

Etude de la chronologie

 

Ainsi que nous l’avons présenté en introduction, l’ampleur de la période considérée malgré la particularité du genre discursif et l’exiguïté des messages nous permet de dégager des tendances générales. On s’intéressera particulièrement aux formes qui subissent une importante évolution sur une période donnée et celles qui ont tendance à émerger ou à régresser sur l’ensemble de la période.

 

Les A.F.C produites précédemment, bien que fortement corrélées à la chronologie, ne nous permettent pas de porter une appréciation sûre sur une année ou une période particulière. On aura noté en effet que le phénomène de temps lexical n’apparaît pas de façon nette sur ces représentations, pour les raisons que l’on a évoquées. C’est donc à travers l’observation de plusieurs phénomènes statistiques, s’appuyant naturellement sur des hypothèses préalables que nous tenterons de cerner les phénomènes évolutifs.

 

Cerner les évolutions du vocabulaire

 

Nous recourrons ici à trois méthodes complémentaires qui fournissent chacune un angle d’approche différent.

 

- Le coefficient de corrélation de Bravais-Pearson permet de mesurer l’évolution d’une forme et de repérer celles qui globalement sont en progression de celles qui ont tendance à régresser. Pour chaque mot, ce coefficient établit un rapport entre le rang de l’élément et les valeurs de l’écart réduit. On obtient ainsi, pour un seuil défini préalablement une liste des termes qui subissent un accroissement ou qui au contraire sont progressivement abandonnés. Le diagnostic s’exprime par un indice, positif ou négatif, selon que la forme s’accroît ou diminue, la significativité étant proportionnelle à la valeur absolue de cet indice.

 

Nous avons soumis notre corpus muni de la partition locuteur à ce traitement, en considérant les termes ainsi repérés comme un premier indice d’évolution. Nous fournissons en annexe une liste des formes les plus significatives. Nous avons systématiquement recoupé cette première information aux autres méthodes que nous développons ensuite, et vérifié la pertinence du calcul par la réalisation de courbes de fréquences relatives. Plutôt que de pertinence, nous parlerons de cohérence, de compatibilité des outils mobilisés. Les traitements que nous décrivons succinctement ici sont en effet réalisés à l’aide de deux logiciels de statistique lexicale différents ; Hyperbase pour la fonction “ évolution ” utilisant le coefficient de corrélation et lexico pour les spécificités évolutives et accroissements spécifiques.

 

- Les spécificités chronologiques permettent de dégager des moments particuliers dans l’utilisation de chaque terme. Nous avons appliqué cette méthode à la partition année. Nous examinerons plus particulièrement la liste des spécificités majeures classées par ordre décroissant. Ceci produit une liste des formes pour lesquelles la ventilation sur une période donnée est particulièrement remarquable. Ce diagnostic s’applique aussi bien à une seule année qu’à plusieurs années consécutives.

 

- Les accroissements spécifiques, que nous avons appliqués à la même partition permettent à partir d’un calcul de fréquences probabilisées, de porter un jugement sur un changement brusque dans l’utilisation d’un terme d’une période donnée (ici une année) par rapport à l’ensemble des périodes qui précèdent. C’est le calcul que nous avons utilisé lorsqu’il s’est agi de cerner les évolutions des marques personnelles.

 

L’utilisation de ces trois méthodes procède d’une démarche expérimentale. Il nous a semblé intéressant de profiter de cette étude sur un corpus qui nous est familier pour nous livrer à une première comparaison, ici plutôt axée sur les phénomènes chronologiques, des outils disponibles. Elle nous permet également d’adopter des perspectives quelque peu différentes sur la chronologie. Nous considérons en effet que la liste obtenue à partir du coefficient de corrélation nous fournit une vision globale des faits chronologiques, en tout cas telle qu’elle se présente à partir de nos propres choix de partitions et de seuil. La méthode des spécificités chronologiques produit une vision plus affinée, puisque le diagnostic est porté sur une ou plusieurs périodes consécutives. Enfin, les accroissements spécifiques offrent une vision beaucoup plus ponctuelle et précise en repérant les évolutions sur une année par rapport à l’ensemble de celles qui précèdent.

 

Portons donc notre regard dans un premier temps sur la liste produite à partir du calcul de coefficient de corrélation. Afin de ne pas en brouiller la lecture nous y avons fait figurer les seules formes dont la fréquence excédait quatre occurrences.

 

Les faibles fréquences ne sont cependant pas nécessairement à négliger. Compte tenu du volume restreint du corpus il peut s’avérer que certaines occurrences de fréquence modeste laissent entrevoir des évolutions diachroniques reflétant les préoccupations d’une époque. Car l’intérêt d’un tel corpus est également de mesurer cette adéquation, de voir en quoi cette forme si codifiée s’inscrit dans son temps, s’adapte aux courants événementiels et langagiers. Nous nous proposons d’étudier ce phénomène lors d’une étude ultérieure. Notons cependant le cas d’acteurs sociopolitiques tels que associations, partenaires, syndicats, communes, dont l’émergence ne saurait être anecdotique.

 

Il est intéressant de constater que parmi les toutes premières formes repérées comme significativement évolutives figure la forme conjuguée du verbe vouloir à la première du singulier. Ceci semblerait confirmer une tendance vers l’implication et la personnalisation du discours, préfigurée par l’évolution sensible des marques de la première personne du singulier. La distribution de cette forme en fréquence relative confirme ce diagnostic. On peut dater l’apparition de la modalité à partir de Giscard. L’emploi perdure chez Mitterrand et connaît un net accroissement avec Chirac. Ce simple constat ne dispense en aucune manière d’un examen attentif des faits syntaxiques. On dispose cependant d’un faisceau de faits sur lequel étayer l’analyse.

 

Nous n’interpréterons pas ici de façon approfondie l’ensemble des termes de cette liste mais voudrions montrer en quoi elle peut orienter la recherche.

 

Les thèmes économiques

 

Un examen rapide semble suggérer une évolution notable vers l’accroissement d’un lexique relatif au champ économique. Ainsi les formes croissance, chômage et emploi(s) sont en nette augmentation tandis que reculent les formes expansion, prospérité, développer et développement qui apparaît cependant à un seuil bien moindre. La représentation de la distribution de ces formes en fréquence relative confirme cette tendance. Il semblerait que les formes croissance et emplois subissent une évolution identique, la croissance étant dans le discours économique souvent considérée comme un élément favorisant la création d’emplois, le pluriel étant nettement favorisé comme le montrent les co-présences suivantes :

 

Il faut que la croissance de notre richesse nationale, qu'une gestion sérieuse nous permet d'entrevoir, soit en même temps que le meilleur moyen de créer des emplois, l'occasion de réduire les inégalités excessives de notre société, en partageant plus justement les fruits de l'effort commun.

Mitterrand, 1988

 

Je forme des voeux, et le gouvernement y travaille, pour que la croissance de notre économie qui a déjà permis de créer, en 1989, plus de 350 000 emplois fasse enfin reculer le chômage et pour que les profits que le pays en tire soient plus justement partagés.

Mitterrand,1990.

 

Pour 1996, beaucoup dépend de nous. La croissance, qui crée des emplois, sera aussi ce que nous la ferons. La croissance, c' est d'abord la confiance, confiance en nos initiatives, confiance en nos efforts .

Chirac, 1996.

 

Cette volonté s'inscrit dans une vision, dans une ambition, dont j'ai esquissé les contours récemment à Berlin. L’Europe est notre nouvel horizon. et j'aurai l'occasion de vous en reparler. Une année utile pour la France.Le travail et les efforts des français, l'action des gouvernements successifs et la croissance mondiale, ont provoqué un réel élan de notre économie. Parce que nous avons des entrepreneurs audacieux, imaginatifs, parce que le savoir-faire et la qualité des salariés français sont reconnus, la France invente, la France produit, la France exporte, nos entreprises créent des emplois .

Chirac, 2001.

 

Oh, l'euro n'est pas une fin en soi. Il signifiera, pour nous, plus de croissance, plus d'emplois, plus de pouvoir d'achat, plus d'échanges,  une France plus forte. Mais il doit être avant tout un instrument au service de l’Europe des hommes que nous construisons.

Chirac, 2001.

 

Les idéaux républicains

 

La corrélation chronologique semble par ailleurs souligner l’émergence d’un lexique relatif aux valeurs républicaines, à travers les substantifs démocratie, égalité et l’adjectif démocratique. Si la forme démocratique fait son apparition dès les années de présidence de V.G.E, les termes démocratie et égalité sont plus tardivement attestés.

 

Les valeurs

 

On notera également la progression de valeurs telles que la solidarité (ainsi que l’adjectif solidaire), la tolérance, le courage, la volonté et par antonymie, l’injustice. L’usage du substantif solidarité ne se révèle réellement qu’avec F. Mitterrand et s’accroît notablement avec J. Chirac. L’évolution de volonté suit globalement celle de solidarité, l’accroissement étant plus marqué pour ce dernier terme chez Chirac. Les contextes de ces formes ne produisent pas de co-présences significatives, on cherchera donc ailleurs l’explication de ce phénomène. La tolérance est invoquée dès Pompidou. Sa présence est continue sur l’ensemble de la période. Il restera à définir quelles en sont les acceptions pour les différents locuteurs. Ce n’est qu’à partir de V.G.E que le substantif courage est attesté, là encore l’évolution reste constante par la suite. Dénominateur commun de ces valeurs, toutes sont absentes chez le général de Gaulle. Une piste est à nouveau ébauchée.

 

Thèmes ou dossiers symptomatiques d’une époque

 

Parmi les fréquences plus modestes, deux formes attireront notre attention, exclusion et exclus. Un examen plus approfondi révèle un emploi exclusif des deux derniers présidents, avec une très forte progression chez Chirac. Le substantif sécurité est nettement plus représenté sur l’ensemble du corpus avec 34 occurrences. Présent dès les premières années, il s’accroît chez Pompidou, pour subir un net recul chez Giscard. La forme progresse très nettement chez Mitterrand et Chirac. Les acceptions en sont cependant très différentes. De Gaulle, mais plus encore Mitterrand l’emploient dans le cadre de la politique extérieure dans le sens de sécurité nationale.

 

Ainsi avons-nous pu renforcer notre sécurité et celle du monde libre en commençant à nous doter d'une défense nationale moderne.

de Gaulle, 1962.

 

C'est parce que nous sommes redevenus depuis dix ans, après une longue période pendant laquelle le malheur alternait avec l'inconsistance, que nous nous trouvons en mesure d'agir efficacement pour aider à la solution des problèmes aigus de l'univers. Lesquels? Chacun peut les énumérer. Il s'agit: Soit de la détente et de la coopération à pratiquer […]; soit de l'affreux conflit vietnamien auquel peuvent mettre un terme des négociations à paris; soit de l'issue internationale du drame du moyen - orient, issue déjà tracée mais qu'il faut absolument mettre en oeuvre - ce dont les grandes puissances ont les moyens - par l'évacuation des territoires conquis de force, la garantie accordée à chaque camp quant à ses justes frontières et à sa sécurité […].

de Gaulle,1969.

 

Mais le choix qui est le nôtre, c'est la paix, c' est le désarmement, c'est la sécurité collective. Pour que la paix l'emporte, et elle doit l'emporter, il faut que se maintienne l'équilibre des forces entre les deux puissances qui dominent le monde.

Mitterrand,1982.

 

Quoi qu'il en soit, nous ne laisserons à personne le soin d'assurer à notre place notre sécurité et notre indépendance.

Mitterrand, 1983.

 

La deuxième étape reste à inventer à partir des accords d'Helsinki, je compte voir naître dans les années 90 une confédération européenne au vrai sens du terme, qui associera tous les états de notre continent dans une association commune et permanente d'échanges, de paix et de sécurité.

Mitterrand, 1989.

 

 

En 1972 apparaît pour la première fois la notion de sécurité intérieure, associée à l’ordre et à la paix civile. Il est intéressant de constater qu’on ne retrouve l’association ordre et sécurité que bien plus tard, chez J. Chirac.

 

L’État est là pour défendre le droit, pour assurer l'ordre et la sécurité sur l' ensemble du territoire.

Chirac, 1996.

 

J'appelle chacun à prendre ses responsabilités. Que les citoyens respectent leurs devoirs. Que les pouvoirs publics restaurent l'ordre et la sécurité, qui est la première des libertés.

Chirac, 1997.

 

Chez Mitterrand, outre l’aspect international, invoqué également au sein des segments conseil de sécurité, en 1990 et 1992, la forme sécurité apparaît au sein du syntagme sécurité sociale, en 1981 et 1995. La sécurité intérieure est évoquée en 1981 dans le cadre de mesures prises pour le renforcement des forces de police et en tant que dossier à part entière en 1983 et 1984.

 

Mais, nous avons en même temps renforcé votre sécurité : 5 à 6 000 gardiens de la paix, 2 500 gendarmes actuellement recrutés, iront grossir les rangs de la force publique et veiller à la tranquillité des villes et des campagnes.

Mitterrand, 1981.

 

Mes chers compatriotes, voilà pour nous de grandes tâches. Sans oublier les autres : plus de sécurité, des banlieues rénovées, et plus d'enfants dans nos familles. En dépit de leurs divergences, je ne me lasserai jamais d'espérer - ni de vouloir - que les français s'unissent quand il s'agit de l'essentiel.

Mitterrand, 1983.

 

 

Chez Chirac, le substantif sécurité est sémantiquement uniforme. Exceptée une unique occurrence de sécurité alimentaire, l’ensemble des apparitions concerne le même sujet. A deux reprises, le chef de l’État associe ordre et sécurité, en 1996 et 1997. Il évoque la sécurité des biens et des personnes en 1999 comme une des priorités de l’Etat. Il l’associe à la notion de liberté cette même année, l’évoque en tant que dossier en 1999, 2000, 2001 et l’associe pour la première fois à la violence cette dernière année. Notons que le terme d’insécurité n’apparaît que trois fois sur l’ensemble du corpus, une fois même chez Pompidou. Il semblerait donc que cette notion soit passée sous silence dans les vœux des derniers présidents alors qu’il est manifeste que ce thème est abondamment évoqué sous la dénomination d’insécurité en d’autres circonstances mais aussi dans le discours gouvernemental.

 

Préoccupations nouvelles

 

L’Environnement, et la mondialisation, de fréquences assez faibles se trouvent dans les seuls discours de J. Chirac. Ici, l’événementiel joue un rôle important. La forme planète apparaît chez Giscard et Mitterrand dans une acception qui ne relève en rien des préoccupations environnementales qu’affiche Chirac puisque celui-ci n’emploie cette forme que dans ce strict cadre. Probablement le candidat à l’élection présidentielle se dessine-t-il derrière le chef d’État, d’autant que ces formes apparaissent plus particulièrement en 2001. Le thème de l’environnement est par ailleurs un dossier qui prend de l’importance plus particulièrement depuis ces toutes dernières années.

 

Homme, femmes, chers compatriotes, un rapport différent aux Français

 

Parmi les formes que cette première approche chronologique met en exergue, les mots chers et compatriotes témoignent d’une évolution dans la manière de s’adresser aux Français. Cette formule, adoptée par Mitterrand, reprise par Chirac, se substitue au très solennel Françaises, Français du général de Gaulle. Pompidou et V.G.E ont réduit la distance avec leurs interlocuteurs, tantôt s’adressant à leurs chers Français, à leurs amis.

 

Parmi les termes significatifs, une notion nouvelle semble s’imposer, celle du choix et du dialogue. La forme dialogue subit une forte progression sur la période Giscard Chirac, totalement absente chez les deux premiers présidents.

 

Là encore les contextes d’apparition en sont très différents selon les locuteurs. Pour V.G.E il s’agit exclusivement de politique internationale et du dialogue Nord-Sud. (Deux occurrences). Pour Mitterrand le dialogue est également avant tout affaire de politique étrangère. Il emploie néanmoins cette forme en 1983 et en 1994 dans le cadre de la politique intérieure.

 

Et comme l’État entend réaliser en 1985 le nécessaire allégement des impôts et des charges, c' est ainsi et pas autrement que nous relancerons l'activité économique, que nous créerons des emplois durables, que nous revaloriserons le pouvoir d'achat des salaires et que nous ferons de la France un grand pays moderne. A condition, évidemment, qu'une politique sociale de solidarité et de dialogue inspire et accompagne la politique économique.

Mitterrand, 1983.

 

Mais on n'y parviendra que si employeurs et salariés parlent entre eux, que s'ils engagent le dialogue, que si le gouvernement les y encourage, qui si tous se décident à négocier ensemble des choses de leur vie.

Mitterrand, 1994.

 

Chez Chirac en revanche, le dialogue n’est invoqué que pour louer les valeurs de tolérance, de compréhension nécessaires à l’entente et l’unité nationale.

 

C'est tous ensemble que nous devons retrouver les voies du dialogue. Le progrès social en dépend. […] Il faut surtout que nous apprenions à nous écouter davantage. J' appelle chacun à prendre toute sa part de ce dialogue dont dépend notre capacité à nous réformer.

Chirac, 1995.

 

Nous devons construire une société où l'on se parle. Une France apaisée, c'est une France qui dialogue.

Chirac, 1997.

 

Il n'y a pas de dialogue social sans respect de l'autre.

Chirac, 1997.

 

 

Figurant Parmi les premiers rangs, la forme chance, d’une fréquence non négligeable (20 occurrences) progresse très sensiblement sur l’ensemble de la période.

 

Pour V.G.E, la chance garde le caractère intimiste de ses messages. Il s’agit d’évoquer ceux qui n’ont pas la chance d’être en famille (1976, 1979). Chez de Gaulle, c’est exclusivement à travers les rapports entre la France et l’Algérie qu’il évoque cette notion comme une chance pour l’Algérie, (1961, 1962).

 

Chez François Mitterrand, c’est une manière d’apologie de la France qui prédomine. Ainsi en 1985 et en 1989 nous avons la chance de vivre dans un pays comme le nôtre, en 1991 la chance de vivre en paix, en 1994 d’être épargnés par le malheur, mais aussi, en 1994 d’être écoutés. Parmi les mesures qui sont pour lui nécessaires, il évoque par ailleurs en 1988 sa volonté de faire en sorte que chacun ait la chance de s’instruire. Enfin, il présente en 1983 une échéance européenne comme une chance que la France ne veut pas rater.

 

Chez Chirac, le sémantisme en est plus diversifié. Il évoque en 1998 et à deux reprises en 2001, l’euro comme une chance pour la France ou pour l’avenir. En 1996, évoquant les mesures qu’il juge nécessaires en matière de formation, il affirme l’obligation de donner leur chance aux jeunes, insistant l’année suivante, sur ce même volet, sur la chance pour la France et les jeunes que notre pays soit le plus jeune d’Europe. Parmi les mesures qu’il envisage, il les présente comme une chance qu’il faut donner à la société. Enfin, de façon plus intimiste, il évoque ceux qui ont la chance d’être ensemble ou en famille.

 

Parmi les formes repérées comme subissant une progression significative, les mots homme et femmes méritent quelque attention. D’une part parce que l’opposition singulier pluriel n’est probablement pas indifférente. D’autre part parce qu’à l’accroissement de femmes correspond le recul de Françaises, abstraction faite des discours du général de Gaulle et de la formule d’adresse Françaises Français. Également parce que femmes apparaît essentiellement en cooccurrence avec hommes et que cette forme n’est pas significativement en progression sur la période. Enfin notons que si le singulier homme progresse notablement, le substantif femme n’est pas attesté. Ainsi, incidence de l’événementiel, prise en considération de l’individualité des Français, avancée vers la parité, voici quelques hypothèses vers lesquelles l’observation des phénomènes chronologiques peut nous conduire.

 

L’événementiel est assez peu représenté. L’Algérie par exemple ne figure que parmi les dernières formes notées comme régressant sur la période. On s’étonnera par ailleurs de ne trouver Europe et euro qu’en appliquant un seuil très inférieur à celui que nous avons adopté pour la liste que nous produisons en annexe. Il semblerait que des faits, peut-être plus fins, ou dont l’évolution est plus tardive aient échappé à ce premier traitement.

Les accroissements spécifiques ainsi que les spécificités évolutives mettent en évidence d’autres phénomènes chronologiques que nous nous proposons d’examiner brièvement.

 

Si l’on se tourne vers les spécificités chronologiques, la forme Europe est pourtant signalée avec un fort diagnostic de spécificité (-11 sur la période 1959-1979). L’accroissement ne serait donc notable qu’à partir de 1980, ce qui, compte tenu de l’amplitude du corpus ne peut être considéré comme tardif. Les spécificités évolutives affinent ce diagnostic. La forme Europe s’accroît considérablement en 1982, puis en 1983, en 1984 ainsi qu’en 1988, en 1991 et en 2001. C’est donc sous François Mitterrand puis J. Chirac que cette forme subit les évolutions les plus importantes. Si nous recoupons cette information avec les spécificités par partie, Europe est très représentée chez F. Mitterrand (+7), notée comme banale chez J. Chirac, en retrait chez de Gaulle et Pompidou (-2) et surtout totalement inemployée par V.G.E chez qui l’on note un indice négatif de 7.

 

L’Europe n’est pas une notion qui s’accroît de façon continue sur l’ensemble de la période. Il semblerait que l’explication se trouve ici plutôt du côté des choix personnels des locuteurs. Les nombreux accroissements constatés chez F. Mitterrand mériteraient un examen plus détaillé mais semblent en corrélation avec la spécificité importante dans l’emploi de cette forme chez l’avant dernier président. En revanche, l’emploi n’étant quantitativement pas caractéristique chez J. Chirac, l’accroissement observé laisse envisager une modification plus brutale du discours.

 

La représentation de l’évolution de cette forme chez Chirac nous apprend que l’accroissement est pratiquement continu sur l’ensemble de son septennat. L’analyse pourrait alors s’attacher à chercher les motivations de cette évolution sensible, dont on peut d’ores et déjà avancer que pour les dernières années, l’événementiel a une incidence sensible : arrivée de l’Euro évoquée longuement lors du message de décembre 2001, l’événement que représente le passage à l’an 2000, évoqué en décembre 1999 et les échéances qui y sont associées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Si l’évolution d’Europe se produit sur une large période, l’évocation de la monnaie unique est beaucoup ponctuelle. L’accroissement de la forme euro est signalé sur la période 98-01 avec une spécificité positive de 11. Les accroissements spécifiques permettent de dater plus précisément ce phénomène. L’euro connaît une forte progression en 1998 (indice de 7) puis en 2001 (indice 10). Plus précisément cette forme n’est employée que lors de ces deux années. Plutôt que d’une tendance générale, il s’agit donc ici d’un usage fortement lié à l’événementiel.

 

Les trois premières formes signalées par les spécificités chronologiques concernent des marques personnelles. Ce fait n’était pas nécessairement indiqué par le coefficient de corrélation, malgré l’indice considérable de probabilité de la première forme (+28). La seconde du pluriel est notamment employée sur la période 69-98, c’est à dire pratiquement sur l’ensemble de la période correspondant aux successeurs du général de Gaulle. Les spécificités évolutives signalent un brusque changement dans l’évolution du pronom personnel en 1971, 1973, 1974, 1976, 1977 et 1980, l’indice le plus fort étant noté pour l’année 1974. Un phénomène identique apparaît pour la première du singulier, plus fortement employé sur les années 69-99, là encore avec un fort indice de spécificité. (+21).

 

Les spécificités chronologiques permettent par ailleurs de déceler des fait beaucoup plus ponctuels. C’est ainsi que les formes nier et personne sont signalées comme particulièrement remarquables pour l’année 1972. Ceci est loin d’être anecdotique. En effet, la présence inhabituelle du segment personne ne peut nier révèle la construction anaphorique du message de Pompidou en 1972, qui en constitue l’organisation argumentative.

 

Quelques points recoupent la première liste établie. La sur représentation du syntagme chers compatriotes est ici indiquée sur la période 83-2001. La forme solidarité est considérée comme spécifique sur les années 95-2001. Le substantif développement, est sous employé de 69 à 2001, ce qui signifie que l’emploi est caractéristique de de Gaulle. La régression précédemment observée est donc confirmée, elle se produit sur une période importante. La forme dialogue, également recensée, est ici signalée par un indice positif de 5 sur les années 83-97.

 

Notons que la forme Algérie, qui n’apparaissait qu’en fin de liste, est ici signalée parmi les rangs les plus importants, fortement sous employée de 1964 à 2001. Il semblerait donc que le coefficient de corrélation retienne essentiellement les formes dont l’évolution se produit sur une large période, atténuant les brusques revirements, plus ponctuels.

Enfin, parmi les évolutions les plus caractéristiques les formes bonheur, souhaite, vœux sont signalées par des indices importants d’accroissement sur les périodes 75-78, 73-79 et 74-78. Ainsi, les locuteurs qui multiplient les marques énonciatives en direction des Français sont également ceux qui consacrent réellement leurs messages à la présentation des vœux.

 

De cette rapide expérience nous retiendrons que les spécificités évolutives et chronologiques semblent particulièrement adaptées lorsqu’il s’agit de cerner des évolutions brutales de vocabulaire. Le calcul basé sur le coefficient de corrélation, peut-être plus approprié pour l’analyse de corpus de grande ampleur, dégage des tendances plus générales. Ces deux méthodes offrent deux perspectives complémentaires, deux lectures différentes de la chronologie.

 

Il resterait beaucoup à dire sur les messages de vœux des présidents de la cinquième République. Nous aurons tenté ici de souligner à l’aide de quelques traitements lexicométriques les faits saillants de ce corpus, en tentant d’identifier les phénomènes purement chronologiques de ceux résultant de registres personnels. Dans un second mouvement nous avons essayé d’examiner en diachronie l’ensemble de ces allocutions en cherchant à adopter plusieurs angles d’approche.


Tableau 11 : Corrélation chronologique du corpus voeux

 


Mots en progression

 

Coeff. Fréqu.   Mot

 

+ 0.998     7   fraternelle

+ 0.979    11   veux

+ 0.976     5   solidaire

+ 0.976     5   particulière

+ 0.976     5   message

+ 0.976     5   inventer

+ 0.973    15   croissance

+ 0.967    13   emplois

+ 0.965    18   dialogue

+ 0.961    20   chance

+ 0.958    18   rôle

+ 0.954    13   efforts

+ 0.953    62   compatriotes

+ 0.949     6   sujets

+ 0.949     6   épreuve

+ 0.947    22   heureuse

+ 0.945    13   femmes

+ 0.939    24   contre

+ 0.931     6   démocratique

+ 0.926     8   fiers

+ 0.926     6   vois

+ 0.926     6   quotidienne

+ 0.925    10   initiatives

+ 0.917     5   contrat

+ 0.912    30   vivre

+ 0.909    15   choix

+ 0.907     8   protection

+ 0.899    26   suis

+ 0.896    16   démocratie

+ 0.895    13   homme

+ 0.892     8   comprendre

+ 0.890     7   égalité

+ 0.886    55   chers

+ 0.885    10   malades

+ 0.885     6   planète

+ 0.885     6   exclusion

+ 0.885     6   européen

+ 0.880   114   cette

+ 0.875    16   courage

+ 0.875     4   tiens

+ 0.874    15   forte

+ 0.872    12   demain

+ 0.872    10   souvent

+ 0.872     9   réussir

+ 0.872     9   élan

+ 0.870    11   tolérance

+ 0.868    24   trop

+ 0.866     9   qualité

+ 0.864     5   venons

+ 0.864     5   exclus

+ 0.864     5   engagent

+ 0.863     9   respect

+ 0.856     7   reculer

+ 0.855   511   est

+ 0.852    32   histoire

+ 0.852     5   enthousiasme

+ 0.844     7   nombreux

+ 0.843    34   sécurité

+ 0.842    93   si

+ 0.834    26   emploi

+ 0.833    13   longue

+ 0.832   197   c'

+ 0.832    21   possible

Mots en régression

 

Coeff. Fréqu.   Mot

 

- 0.994    29   effort

- 0.991    12   fond

- 0.991     6   commerce

- 0.982    12   particulier

- 0.970     9   total

- 0.969    10   maintenir

- 0.965     9   produit

- 0.955     6   solution

- 0.951    19   indépendance

- 0.943    13   quant

- 0.936    11   avait

- 0.935     9   effet

- 0.935     9   destin

- 0.933    12   niveau

- 0.932    18   aider

- 0.921    41   peuple

- 0.919    12   ailleurs

- 0.917    10   expansion

- 0.916    69   soit

- 0.913    12   cent

- 0.911     6   renouveau

- 0.910     5   secousses

- 0.910     5   pourrait

- 0.910     5   diverses

- 0.910     5   arrive

- 0.905     7   marché

- 0.904    11   mille

- 0.901     6   aient

- 0.899    11   voici

- 0.898    26   celui

- 0.891     7   1968

- 0.890    11   coup

- 0.885    10   peuvent

- 0.885    10   nombre

- 0.883    13   libre

- 0.867    12   serait

- 0.866   602   en

- 0.849    14   coopération

- 0.848    12   agit

- 0.836     7   développer

- 0.835    41   françaises

- 0.834    35   tant

- 0.833    21   mesure

- 0.822    29   moins

- 0.817    23   sous

- 0.812     8   résultats

- 0.812     8   entend

- 0.811    12   intérieur

- 0.811    12   certes

- 0.811     6   souhaits

- 0.810    11   agriculture

- 0.810     7   univers

- 0.810     6   affaire

- 0.809   126   par

- 0.808   313   qu'

- 0.808     5   sujet

- 0.808     5   relations

- 0.808     5   ceci

- 0.806    15   cas

- 0.806    14   monnaie

- 0.805     5   assurément


 

 


Tableau 12:Spécificités chronologiques majeures du corpus Vœux.

 

     terme                               F      fp     sp     Période    

 

   19 vous                              326     291   +E28   | 69-98 |

   18 je                                344     301   +E21   | 69-99 |

   90 votre                              59      37   +E21   | 73-78 |

  479 nier                               10       9   +E15   | 72-   |

   93 chers                              55      52   +E15   | 83-01 |

  190 bonheur                            24      16   +E14   | 75-78 |

   85 compatriotes                       62      56   +E14   | 83-01 |

  212 algérie                            21       3   -E13   | 64-01 |

  122 vos                                39      26   +E12   | 73-80 |

  219 personne                           21      10   +E12   | 72-   |

   72 voeux                              80      37   +E12   | 73-79 |

   11 en                                602     398   -E12   | 67-01 |

   50 on                                115      62   +E12   | 82-93 |

  393 euro                               12      12   +E11   | 98-01 |

   60 europe                             99      19   -E11   | 60-81 |

    5 à                                 925     527   +E10   | 59-79 |

  303 conscience                         15       9   +E10   | 00-   |

  143 solidarité                         33      24   +E10   | 95-01 |

   21 qu                                313      35   -E10   | 92-00 |

   38 français                          142      63   +E09   | 69-80 |

  117 françaises                         41      39   +E09   | 60-82 |

   16 une                               356     232   -E09   | 59-94 |

   58 mes                               102      94   +E09   | 73-01 |

  173 unité                              28      15   +E09   | 75-79 |

  100 peut                               50      10   +E08   | 72-   |

  252 voudrais                           19      13   +E08   | 71-76 |

   83 souhaite                           65      23   +E08   | 74-78 |

  196 développement                      23       3   -E08   | 69-00 |

   87 doit                               61      27   +E08   | 97-01 |

   31 année                             205      54   +E08   | 69-75 |

   78 soit                               69      16   +E08   | 68-69 |

  194 trop                               24      23   +E08   | 82-55 |

  419 amis                               11      10   +E07   | 71-34 |

   66 j                                  88      74   +E07   | 69-52 |

  175 droit                              27      19   +E07   | 81-92 |

 


Tableau 13: Accroissements spécifiques du corpus Voeux

 

     terme                                 F       Fx       f    spec.   partie   code

 

   19 vous                                326      86       30   /E12      16     1974

  219 personne                             21      11       10   /E11      14     1972

   90 votre                                59      11        9   /E11      15     1973

  479 nier                                 10       9        9   /E11      14     1972

  303 conscience                           15      15        9   /E10      42     2000

  393 euro                                 12      12        8   /E10      43     2001

   19 vous                                326      45       16   /E09      14     1972

  190 bonheur                              24      18        9   /E09      19     1977

   19 vous                                326     114       18   /E08      18     1976

  122 vos                                  39      17        8   /E08      19     1977

   27 plus                                269      65       12   /E07      12     1970

  100 peut                                 50      24       10   /E07      14     1972

   18 je                                  344      89       23   /E07      16     1974

  393 euro                                 12       4        4   /E07      40     1998

   31 année                               205      94       22   /E06      16     1974

   90 votre                                59      36        9   /E06      19     1977

  313 libertés                             15       6        5   /E06      22     1980

   33 c                                   199     184       18   /E06      40     1998

  222 siècle                               21      19        7   /E06      41     1999

  329 cohésion                             14      14        6   /E06      43     2001

   17 dans                                351      62       19   /E05       7     1965

   78 soit                                 69      31       13   /E05      10     1968

   19 vous                                326      56       11   /E05      15     1973

   11 en                                  602     296        8   \E05      16     1974

  121 liberté                              39      13        7   /E05      16     1974

  208 pense                                22       6        5   /E05      16     1974

  252 voudrais                             19      11        6   /E05      16     1974

   56 ceux                                104      45        9   /E05      18     1976

   19 vous                                326     130       16   /E05      19     1977

   19 vous                                326     170       22   /E05      22     1980

   50 on                                  115      63        9   /E05      27     1985

   90 votre                                59      19        8   /E05      16     1974

  284 démocratie                           16       4        3   /E05      28     1986

   60 europe                               99      47        9   /E05      30     1988

  143 solidarité                           33      33        7   /E05      43     2001

  173 unité                                28      12        5   /E05      20     1978


 



[1] Le retentissement médiatique de la formule "année utile" lancée par Jacques Chirac lors de ses voeux aux Français de décembre 2000, par laquelle il engageait le gouvernement Jospin à entreprendre de "vraies réformes", le taxant à mots à peine couverts d'immobilisme, le message de Lionel Jospin, publié au Journal du Dimanche en décembre 2000, quelques jours avant l'intervention du chef de l’État, grillant la politesse à ce dernier et faisant entorse à la tradition de la cinquième République qui veut que seul le président  adresse ses voeux aux Français, illustrent un double aspect des messages de vœux de ces dernières années, éminemment politique, voire polémique et profondément ancré dans le rituel.

 

[2] Nous avons écarté le premier message du général De Gaulle de décembre 1958, celui-ci n'étant pas à cette date officiellement investi.

 

[3] Sur ce point, voir la définition des séries textuelles chronologiques d’André Salem, (1997) Statistique textuelle, “ séries textuelles chronologiques ” p217-226, Paris, Dunod.

 

[4] Nous avons essentiellement utilisé Lexico3 pour la plupart des traitements lexicométriques présentés ici, spécificités par partie, accroissements spécifiques et spécificités chronologiques, analyses factorielles des correspondances, graphes de fréquences relatives. Nous avons par ailleurs utilisé la fonction liste du logiciel Hyperbase pour réaliser une analyse factorielle des pronoms personnels et adjectifs possessifs ainsi que la fonction évolution pour le calcul du coefficient de corrélation. Dans le cadre de cette même étude nous utilisons par ailleurs Weblex, en particulier pour les calculs de cooccurrences et lexicogrammes, dont nous ne présentons pas les résultats ici.

 

-Lexico3 : Cédric Lamalle, William Martinez, Serge Fleury, André Salem, ILPGA, Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle.

-Hyperbase : Etienne Brunet, UMR “ Bases, corpus et langages ”, Institut de linguistique Française, CNRS Nice.

-Weblex : Serge Heiden, CNRS/ENS Lettres et Sciences Humaines, Lyon, UMR 8503, “ Analyses de corpus linguistiques, usages et traitements ”.

 

[5] On rappelle en effet que :

 - François Mitterrand, seul président à la tête de l’État durant deux septennats, détient à ce jour un “ record de longévité ”.

- Le général De Gaulle a démissionné de son second mandat après le rejet des Français par voie référendaire du projet de régionalisation et de réforme du Sénat le 27 avril 1969. Il aura exercé sa fonction dix années.

- Le mandat de George Pompidou s’interrompit brutalement le 2 avril 1974, avant la fin de la cinquième année de sa présidence.

 

[6] Plusieurs travaux ont porté sur des analyses comparées des discours de De Gaulle et de Mitterrand. Dominique Labbé a notamment étudié dans une démarche lexicométrique les emplois de France dans le discours des deux présidents en examinant plus particulièrement les cooccurrences de cette forme chez chacun d’eux, à partir d’un corpus lemmatisé. Quantitativement, il en ressort que la proportion des associations qui différencient les deux hommes est moindre que celle qui les unit. Les différences néanmoins ne sont pas négligeables. Les emplois pronominaux notamment sont fortement discriminants. On notera en particulier un sur emploi de l’association vous et France chez de Gaulle alors que Mitterrand associe cette forme à nous, de Gaulle employant la première du pluriel essentiellement lorsqu’il s’agit de politique économique et sociale. Parmi les coprésences verbales, on retiendra le déséquilibre des formes vouloir et pouvoir, les associations étant négatives chez Mitterrand, positives chez de Gaulle. Ainsi, chez lui, la France peut et veut alors que Mitterrand se veut plus nuancé au travers de périphrases telles que chercher à, désirer, contribuer. Parmi les noms, de Gaulle privilégie le destin et l’avenir là où Mitterrand évoque l’Histoire. Enfin, notons brièvement une différence primordiale entre les deux hommes, l’abondance chez Mitterrand d’un lexique relatif à la défense et à la thématique militaire, principalement associé à la première personne du pluriel. Notre force de dissuasion, notre armée, nos soldats

Notons par ailleurs la thèse de Françoise Finiss Boursin qui, précisément porte sur les discours de vœux des présidents de la République sur la période 1958-1988. Le volet thématique de cette étude met en évidence de nombreuses analogies dans les allocutions de Mitterrand et De Gaulle mais aussi de Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing.

Le thème des vœux est par exemple peu présent chez De Gaulle et Mitterrand à l’inverse de Pompidou et Giscard. De la même façon la politique extérieure tient une place importante chez De Gaulle et Mitterrand alors qu’elle est très en retrait chez les deux autres. Parmi les thèmes que Françoise Finniss Boursin a répertoriés, celui des valeurs et sentiments confirme ces analogies. Cette thématique est constituée des notions suivantes : espérance ou inquiétude en l’avenir, mort, bonheur, fraternité, liberté, solidarité, gaullisme, libéralisme, socialisme, sagesse et lucidité, modernité. Bien que les valeurs soient représentées par l’ensemble des locuteurs, les sentiments sont pratiquement absents chez De Gaulle et Mitterrand, Pompidou et Giscard leur accordant en revanche une place importante.

 

[7] Mémoire de D.E.A en sciences du langage, sous la direction de Pierre FIALA, université de Paris 3 Sorbonne Nouvelle.

 

[8] Sous la Quatrième République les vœux sont plutôt présentés par le président du Conseil. Ce n’est cependant pas systématique. Le président de la République ne s’exprime que très rarement en cette circonstance. Il semblerait que seul Vincent Auriol ait présenté ses vœux, à trois reprises,  en  décembre 1946, 1948 et 1953.

 

[9] SALEM A. (1997) Statistique textuelle, “ séries textuelles chronologiques ” p217-226, Paris, Dunod.

SALEM A. (1988), Approches du temps lexical - Statistique textuelle et séries chronologiques, Mots n°17, ENS Editions.